Lorsqu'une intuition se concrétise dans la réalité, on sent une impression
de puissance irrésistible, de celle que l'on peut ressentir lorsque l'on se
retrouve au milieu d'une foule qu'elle soit revendicatrice ( manifestation) ou
ludique ( spectacle). Mon intuition, à la fin du siècle dernier, que le
mouvement mondial des logiciels libres allait bouleverser la donne du monde
culturel et artistique était bien la bonne.
Le temps passant , les choses s'éclairent.
La première phase de mise en place fut essentiellement technique et informatique, avec en parallèle une réflexion et une volonté d'explication alors qu'internet se démocratisait, maintenant nous passons à la deuxième phase, au stade de la concrétisation.
La confrontation en découlant est aussi évidente, DADVSI et Hadopi ne sont pas des lubies ou des hasards : ce sont des tentatives dérisoires d'auto-protection d'un milieu d'affaire contre un phénomène dangereux pour ses privilèges passés et révolus. Les acteurs de la culture libre auront au moins permis l'éclairage sur le fait que l'état sert de relais aux lobbies industriels concernés, ce qui n'est d'ailleurs pas sans poser un sérieux problème de société.
Que le milieu artistique soit un des premiers concernés par les bouleversements actuels n'a rien d'étonnant. La déclaration de l'UNESCO est sans ambigüité et justifiée. La création est bien un élément essentiel de l'existence, une nécessité première. Comment s'étonner alors que les individus exclus du "marché de la culture" songent à trouver une solution au problème de la subsistance terrestre. Il est tout simplement hors de question pour eux de faire autre chose, que les institutions aux ordres tentent de les mettre à l'usine, ou je ne sais où, tient soit d'un humour cynique et pervers, soit d'un manque total de clairvoyance.
Ceux qui ne trouvent pas leur place dans les circuits classiques, qu'ils soient institutionnels ou privés ( très liés), vont s'inventer leurs propres voies, leurs propres chemins. Actuellement, c'est une véritable hécatombe, nombreux sont les artistes talentueux qui se perdent dans le labyrinthe de Paul Emploi, chez RéMI ReSsA, et autres lieux où ils n'ont tout simplement rien à faire. La culture est utilisée et imposée à des fins politiques pour ``calmer'' des esprits que le pouvoir dominant ne voudrait que consommateurs. Toute rebellion et remise en question d'un système injuste sont mises hors jeu d'une manière ou d'une autre.
Que faire pour changer cette situation ?
Tout simplement leur tourner le dos et aller voir ailleurs pour essayer collectivement d'inventer une culture parallèle, dégagée des pressions idéologiques et économiques.
Extraits d'une interview d' Eben Moglen sur le site internetactu.net
Alors rien ne sert de s’énerver : il faut juste les ignorer, se battre pour qu’ils ne changent pas trop la loi, et continuer à programmer du code comme nous le faisons depuis 20 ans maintenant : nous avons le matériel, les logiciels, la bande passante, la culture, les talents…
Nous n’avons besoin de rien, ni de changer la loi, ni d’en faire adopter de nouvelles, ni de détruire ni de créer quoi que ce soit, ni de venture capitalists, ni de position monopolistique… La beauté de notre position tient au fait que de toute façon nous gagnerons, alors laissez-nous tranquille. La seule chose que nous demandons, à l’Etat, c’est d’éviter de créer des injustices au bénéfice de quelques-uns.
C'est dans cet esprit d'ouverture de portes vers un autre possible que je serai, la semaine prochaine, aux RMLL qui se déroulent à Nantes. Je serai ainsi présent aux différentes manifestations proposées dans le cadre des volets culture libre et économie solidaire de cette manifestation.
Claude Le Paih

